S.O.S Edudiant en perdition

30 NOVEMBRE 2011

     4H00 du matin, le bip strident du radio réveil agresse Marie. Douche, café à l’arrache devant ses notes des derniers cours sur les principes fondateurs de la cinquième république et sa maxime gravée au fronton des mairies « Liberté, Egalité, Fraternité ». Une thèse à pondre, avant la fin du mois, sur ces trois mots et leurs significations réelles aujourd’hui. 

     A 08H00 interrogation écrite, ça va être chaud après la nuit passée avec ce type, comment qui s’appelait déjà ? Ah oui, Serge, chauffeur de taxi, 49 ans, marié et père de trois enfants dont une fille de son âge. Sympa le Serge, il a été correcte, il ne lui a pas demandé des trucs trop tordus comme certains malades et puis avec les 100€, elle va pouvoir remplir le frigo. Marie a eu 18 ans cette année, elle ne sait pas pourquoi mais, elle a l’impression d’en avoir un peu plus. 

     Elle se prostitue depuis un an, afin de payer ses études, le loyer de son placard à balai, le transport et la bouffe. Elle a essayé des petits boulots mais ça ne couvrait pas ses frais et elle n’avait plus assez de temps pour réviser ses cours. Elle ne se plaint pas, c’est la seule alternative qu’elle a trouvé pour y arriver. Bien sur, elle n’a pas demandé l’aide de ses parents, ils sont déjà assez en galère comme ça. Le père travaillait dans l’usine de Gandrange avant d’être remercié et avant que l’autre charlot vienne y passer son voyage de noce. La Mère fait des ménages dans les bureaux d’une société de placements financiers. 

     Ainsi tourne la machine, il parait que c’est normal, le système « D » qu’ils disent, tout droit importé made in América, le modèle sociétal de notre cher président. Dernièrement son amie Agnès est tombée sur un taré qui l’a frappé. C’est vrai que parfois c’est limite. A la fac, une dizaine de ses collègues appliquent le même principe. Il est facile par Internet de trouver des clients. C’est fou le nombre de frustrés qui sont capable de payer pour s’envoyer en l’air avec ce qui pourrait être leur descendance. La société part en vrille et ses individus sont vraiment malades...

     Marie pense que se prostituer ce n'est qu’un viol consenti et rémunéré. Nécessité faisant loi, en mettant le doigt dans cet engrenage sordide, la situation a pris pour elle un côté risible, presque ludique, mais en même temps un grand mépris des hommes et de cette vie a grandit en elle. Puis petit à petit une déconstruction psychologique s’est mise en marche. Attention, Ce qui importe dans la ferveur de l'adolescence, ce n'est pas le sujet de l'émotion, mais l'émotion elle-même. Certains feront naufrage dans la vérité de cette réalité…

     Selon « Sud Etudiant », un étudiant qui travaille a 40% de chances en moins d'obtenir son diplôme qu'un étudiant non salarié, ce qui expliquerait, selon le syndicat, que certains se tournent vers la "prostitution". En France, selon les chiffres de l'Observatoire de la Vie Etudiante (OVE), 40.000 étudiants se prostituent pour payer les frais liés à leurs études ! Un étudiant sur 57 ! Et ce chiffre est en dessous de la réalité, nombreux sont ceux et celles qui n'osent pas le déclarer... 

     La politique néolibérale menée par les derniers gouvernements de droite comme de gauche ont appauvri une grande partie de la jeunesse. Toujours selon l'OVE, en France, 225.000 étudiants ont des difficultés pour payer leurs études, 100.000 vivent sous le seuil de pauvreté et 45.000 d'entre eux vivent dans une situation d'extrême pauvreté. Vu la hausse énorme des loyers, le logement est la part du budget des étudiants qui a le plus augmenté. Pendant ce temps, le montant des bourses n'a, lui, pas bougé... L'accès réel aux études supérieures devient de plus en plus difficile.

     Mais croire que ce processus est limité à la France serait une erreur. Il ne reflète que la situation qui se développe dans toute l'Europe. Aucune donnée n'est disponible pour la Belgique, mais l'exploitation, par l'industrie du sexe, d'étudiants confrontés aux mêmes problèmes ne fait pas de doute. Une étude récente de l'université anglaise de Kingston illustre les liens entre augmentation des frais d'inscription et prostitution. De 1998 à aujourd'hui, le nombre d'étudiants forcés à recourir à l'industrie du sexe a doublé en Angleterre pendant que les droits d'inscription ont triplé (aujourd'hui 4.500 € par an en moyenne). 

     Plusieurs personnalités issues du corps académique des universités francophones en Belgique, comme le recteur de l'UCL ou l'assistant de l'ancien recteur de l'ULB, ont déclaré récemment vouloir briser le plafond du minerval (aujourd'hui plafonné à 835 €).   

 

     Ils préparent ainsi consciemment l'opinion à une hausse de celui-ci, pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros ! Selon l'UCL, les frais pour une année d'études sont de 9.278 € en moyenne, ce qui correspond à près de 200 services de ménages en petites culottes. Mais qu'à l'avenir un plus grand nombre d'étudiants soit littéralement poussé à se vendre si les minervals augmentent n'émeut guère les recteurs, les patrons et leurs politiciens. Les Etudiants de « Gauche Actifs » défendent l'idée d'un salaire étudiant suffisant afin que chacun puisse étudier. Cela mettrait fin aux recours à des solutions individuelles extrêmes comme la prostitution. En Italie aussi le phénomène semble plutôt répandu. L'année dernière, on a découvert sur le campus de l'université de Calabre un groupe d'étudiantes Erasmus qui recevaient d'autres étudiants chez elles et couchaient avec eux moyennant finances. Mais il ne s'agit pas toujours de prostitution proprement dite…

     L’avenir est dans l’éducation parait-il, demain ce seront les enfants comme Marie qui dirigeront notre monde, enfin ce que l’on en aura laissé. Avec cette rancœur et ce mépris accumulés, je crains le pire, justice serait qu’ils nous le fassent payer.

     Rien qu'avec les 180 millions de l’avion présidentiel, combien de studios d'étudiants auraient pu être aménagés près des universités ? A 37.000 € la nuit au Majestic pour un G(vain), combien de bourses auraient pu être versées aux étudiants. Ce n’est pas une question de moyens et quelque soit la couleur ou la tendance politique de chacun, réveillons nous ! Car nous parlons ici de nos enfants …