Une histoire de priorité

29 SEPTEMBRE 2011

     Nous passons notre vie en feignant d’ignorer l’échéance fatale nous comportant tel des Don Quichotte face à leurs moulins. Lutte illusoire, déception et remords au dernier instant sur cette terre, nous avons la désagréable sensation que quelque chose nous a échappé. Repassant le film de sa brève existence sur l’écran de son coma et voilà déjà la question fatidique, qu’avons nous loupé ? Même celui qui, persuadé en son for intérieur que cela continu après et ailleurs, doute et s’effraie, ignorant le comment, le pourquoi. Quelle plus grande preuve d’ignorance que de n’avoir vécu que pour soi. A l’heure des bilans qu’adviendra t-il de l’unité qui a passé sa vie à ignorer l’ensemble ?

     Aucune entité ne peut se vanter de s’assumer seule. Il faut des créateurs, des producteurs et des utilisateurs, quelqu'en soit l’idée, le produit, le bénéficiaire. Toute conception est le fruit d’une intelligence appliquée et d’une chaîne d’association. Dés l’instant où nous cantonnons notre vie uniquement dans un but de profit ou de bénéfice personnel, nous adoptons la position de l’utilisateur qui ne créé rien, ne produit rien pour l’ensemble et de fait, s’isole irrémédiablement. Une attitude uniquement orientée sur son ego est vouée, à terme, à l’échec. 

     Dans la confusion des valeurs et le désordre des priorités en ce début de siècle, trop absorbé par le chant des sirènes de nos propres vies, posons-nous les questions suivantes pendant qu’il en est encore temps : « Sommes-nous en paix avec nous-mêmes ? Donnons-nous du temps aux autres ? As t-on quelqu’un à aimer ? Sommes nous aussi humains que possible ? 

     L’individualisation forcenée de l’être par l’avoir et le paraitre a eu pour résultat une terrible déshumanisation de nos sociétés ou le corps de l’homme est devenu une marchandise rentable ou jetable et ou l’âme et l’esprit ont été atrophiés et pervertis par une gestion uniquement comptable et une vision purement matérialiste. Toutes religions ou philosophies mises à part, l’homme a oublié ses racines de vie. Pressé d’acquérir d’illusoires pouvoirs, guidé par le but de posséder l’objet de son désir qui, dés celui-ci en sa possession, effacera le désir pour l’objet possédé afin d’en faire renaître d’autres et cela à l’infini. La plupart, cherchant un sens à la vie, pense à leur prochaine voiture, nouvelle maison, nouveau job et puis ils prennent conscience de la vacuité des choses mais continue leur chasse aux chimères. L’assourdissant brouhaha du consumérisme nous a rendu sourd aux chants de la nature, aux dialogues de la vie, à l’écoute de nos semblables. 

 

     Plus personne n’écoute, tout le monde parle et c’est sans doute ce qui explique le succès des psys et des avocats. Les psys, parce qu’ils écoutent et les avocats pour régler les problèmes de ceux qui ne s’écoutent plus. Un remède à cela : « Soyons un peu plus attentif aux autres ».

      Nous vivons dans l’urgence, guidés par des jugements souvent faussés car pollués par les passions que l’on distille chaque jour dans nos têtes comme des poisons dans nos veines. Il serait grand temps de revoir nos priorités. Mais avant cela, pour en être capable, il faut réapprendre à pacifier nos émotions, à calmer notre esprit. Cela, nécessite obligatoirement de s’éloigner de toutes les pollutions informatives externes afin de se réapproprier un jugement vierge de toutes influences perverses (Télévisions, journaux et autres médias à la solde des marchants et des dirigeants dont le seul but est que surtout rien ne change…). La réalité n’intéresse plus grand monde sinon les gens éteindraient leurs télés et regarderaient par la fenêtre, ouvriraient des livres, dialogueraient avec leurs voisins, passeraient plus de temps en famille. 

     La famille, un des derniers refuge d’humanité et d’équilibre pour les individus. Rien ne pourra la remplacer, ni l’argent ni pouvoir. Combien, dévoré par leur travail, happé par leur course effrénée aux gains, ont-ils pris le temps nécessaire pour leurs enfants, leurs parents, leurs conjoints avant qu’il ne soit trop tard, que la maladie et la mort ne les emporte ? Quand ils seront en phase terminale, ils auront perdu tout intérêt pour leurs pouvoirs d’achat et là, ils retrouveront, mais un peu tard, le pouvoir des sentiments. 

     Regardez un cimetière et imaginez vous que l’on donne la possibilité à un de ses pensionnaires de revivre ne fusse qu’une seule journée. Que croyez vous qu’il ferait ? Irait-il au bureau, voir son banquier, faire les boutiques ou gardera t-il ces précieuses heures à aimer ceux qu’il a trop négligé ? Les aiguilles tournent et le temps passé s’accélère et celui qui nous reste s’amenuise. 

     Tout retour en arrière nous est impossible, la mort fait partie du contrat, mais à qui sait voir, la merveille est dans l’instant et nous encourage à vivre pleinement le présent avec les actes qui ont une réelle importance. Savoir que l’on va mourir, nous aide à relativiser, à être en paix avec la vie. J’ai l’intime conviction que ce nous faisons pour les autres, c’est à nous même que nous le faisons. Le fait d’ériger la mort en tabou a faussé la vie. Avoir conscience de la fin nous fait prendre conscience de l’instant. Ne riez pas de ceux qui s’investissent dans le social, laissez de côté les sarcasmes. Quelquefois on ne peut pas croire ce que l’on voit alors, il faut croire ce que l’ont sent.

     Une petite vague se baladait inconsciente sur l’océan. Arrivée près d’une plage elle paniqua, voyant celles qui la précédaient s’écraser sur le sable. « C’est affreux dit-elle, nous allons tous disparaître ! » La vague qui suivait lui dit alors : « Mais non, tu ne comprends pas, tu n’es pas une vague, tu es une partie de l’océan ».

    Chaque soir, quand je m’endors, je meurs. Et le lendemain matin, au réveil, je reviens à la vie. Gandhi