L'écriture

22 AOUT 2012

           Chacun de nous est confronté à la dureté de l’existence. Quel que soit sa condition, ses idées, sa race ou son milieu sociale. Sur cette terre, nous ne faisons que passer et, à peine le livre de la vie c’est ouvert devant nous qu’un vent venu de nulle part en rabat la dernière page et que le mot fin apparait, il est l’ultime qui nous accompagne dans la tombe.

            Devant et avec cette évidence, il nous faut tenir en équilibre le temps du chaotique voyage. Certains, pour occulter cela, la mort étant un sujet tabou dans nos sociétés modernes ou nous nous croyons éternel par ignorance, s’investissent dans la religion, la politique, le travail, la psychanalyse etc… 

            Je vais vous parler de l’écriture. Douce thérapie de l’esprit rangée sur la même étagère que son indissociable amie la lecture. Elle est exigeante parce qu’elle nous oblige à choisir parmi un amas d'idées initialement vagues celles qui trouveront leur densité dans les limites de la syntaxe et du style. Toutes les sociétés de tradition orale savent que l'écriture piège celui qui s'en sert dans une formulation dont il doit ensuite répondre, ne serait-ce qu'à l'égard de lui-même. Tout en essayant de maîtriser des vertiges comme que la chute d’une virgule ou l’obstacle d’un point, elle nous permet une approche et une expression plus réfléchie des situations que nous appréhendons. Grâce à elle, sans nous connaître et malgré nos divergences, nous avons échangé nos points de vue, partagé et appris de l’autre. L’écriture est un des outils incontournables de la démocratie. 

            La parole souvent trop vite émise, supporte difficilement le correctif car, les sons se logent immédiatement dans la tête et le cœur des auditeurs qui, tout naturellement, en décortiqueront le sens suivant l’affectif de l’instant. L’écriture incite le lecteur à plus de patience, de mesure et s’adapte à la faculté d’assimilation de chacun par des relectures ou par la recherche des sens qui l’a compose.

           L’écriture donne le temps de la réflexion, elle permet de faire partager une vision, un début de vérité ressentit par l’auteur, l’expression d’une joie ou d’un malheur. Par le calme dont elle a besoin pour naître, il me semble qu’en ce sens, l’écriture a des vertus thérapeutiques, une sorte de saignée salutaire de l’esprit. Quel que soit l’âge, du journal intime de l’adolescent aux notes de voyage du retraité, l’écriture a toujours été un asile pour les images ou les évènements qui  nous ont marqué. Une manière consensuelle d’exposer un point de vue et de le soumettre à avis, à délibération. Que l’on soit un grand écrivain ou, comme votre serviteur ici présent, un écrivaillon du dimanche, elle est l’expulsion d’un trop plein de conscience, le brouillon de culture de l’éternel novice. C’est la chorégraphie d’un sourire couchée sur du papier, la calligraphie de l’âme, la ballade musicale des neurones à la lueur d’une ampoule…

           Dans le monde matérialiste que nous avons créé et, ou notre principale activité se résume à une course effrénée à l’avoir et au paraître, à la possession jusqu’à l’obsession, elle offre un îlot de quiétude, un abri de silence, une auberge ou se reposer. Prendre la plume (Image désuète, car aujourd’hui se serait plutôt le clavier) c’est un peu comme quitter l’autoroute pour des chemins de traverse, se déchausser et marcher les pieds nus dans une herbe couverte de rosée. C’est une ode au calme, à la plénitude du corps, à la restructuration de l’esprit. Elle pacifie les émotions, l’écriture est un refuge. Vagabonder dans l’infini de ses pensés n’est qu’une affaire d’écriture car l’univers n’existe que sur le papier…

           La musique a sept lettres, l'écriture à vingt-six notes.