Un travail what else ?

05 JUILLET 2012

     Occupation, fonction, emploi, ouvrage, besogne, œuvre, activité, métier, production, boulot, exercice, effort, job, profession, tâche, labeur. Le travail est devenu la prière des esclaves alors que la prière est le travail des hommes libres. Pour d’autre, il est devenu un alibi, une fuite.

      A l'entrée du camp de concentration d'Auschwitz on pouvait lire l'inscription pour le moins paradoxale : "Arbeit macht frei" ("Le travail rend libre"). Placée en ce lieu d'esclavage et de mort, l'affirmation nazie paraît non seulement ironique, mais surtout déplacée, sordide et profondément nihiliste. Mais, elle incite aussi à se questionner, au-delà du côté néfaste des idées nazies (totalitarisme et génocide), y aurait-il une part de vrai dans cette affirmation. Peut-on acquérir la liberté par le travail ? Cette affirmation part du fait présupposé qu’on ne peut pas être libre si on ne travaille pas.

      Aujourd’hui le travail se résume à une certaine forme d’esclavage présentée comme indispensable et incontournable. Les maîtres de la finance nous font savoir que le simple fait d’en avoir un est un cadeau, une chance, une faveur. Dans la société qu’ils nous ont bâti, le treizième travail d'Hercule est justement de trouver un emploi. A l’heure actuelle le capital qu’ils amassent sur le dos des salariés n’est rien d’autre que du travail volé.

      L’exploitation salariale par les bas salaires, la pression et la non considération ne peut engendrer que des produits ou des services bâclés. Car, à traiter les personnes comme des cochons on obtient un travail de cochon. Traitez les personnes comme des hommes et vous obtiendrez un travail d’homme, cela parait évident et simple à dire pourtant, de plus en plus de dirigeants rongés par la cupidité s’évertuent à rabaisser ceux qui les enrichissent, comble de la stupidité. Avec leur système, l'ouvrier s'appauvrit bien que générant plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L'ouvrier devient une marchandise. Plus le monde des choses augmente en valeur, plus le monde des hommes se dévalorise, l'un est en raison directe de l'autre. Le travail ne produit pas seulement des marchandises, il se produit lui-même et produit l'ouvrier comme une marchandise dans la mesure même où il produit des marchandises en général. Cependant, une société entièrement mécanisée serait une société complètement déshumanisée.

    

       Le travail sert à l’équilibre psychologique et économique d’une société et pour cela, il devrait être considéré et traité comme une vertu. Aussi faut-il des bases et des règles. Il faut que le travail soit bien exécuté. C’est entendu. C’est un primat. Il ne faut pas que cela soit bon pour le salaire, le patron, les connaisseurs ni même pour les clients du patron. Il faut que son exécution soit bonne pour elle-même, en elle-même, en son verbe même. Une tradition venue et ancrée en nous même, issue du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur veut que le travail soit bien fait. Toute partie d’une réalisation qui ne se voit pas, doit être aussi parfaitement bien faite que ce que l’on voit. C’est le principe même des cathédrales. Il doit être justement rémunéré, récompensé par une répartition proportionnelle et égalitaire des richesses produites. Il doit être choisi et non subi. Tout cela implique forcement le rôle social d’une société afin d’en préserver son équilibre.

      Basé sur ces principes, le travail n’est pas aliénant mais enrichissant et son but n’est pas d’être le rendement mais la qualité du service rendu. Car qui dit rendement dit pression, qui dit pression dit contrainte et qui dit contrainte dit aliénation et destruction de l’identité humaine et on en revient, comme avec le crédit, à une situation proprement féodale, celle d'une fraction de travail due d'avance au seigneur, au travail asservi.

 

      L’homme se réalise en partie dans le travail, il y trouve tout ce qu’il lui faut pour réaliser son humanité. Le travail n’est pas seulement une nécessité sociale contingente n’ayant lieu d’être que pour assurer nos besoins et n’existant par exemple que parce que la nature n’est pas abondante ou pas pourvue d’objets préconstruits. Si la nature a besoin d’être travaillée, c’est peut-être afin que l’homme se réalise lui-même.

      Pour Aristote, ce qui fait de l’homme un homme, c’est l’intellect, l’esprit. Seulement, il inverse le rapport travail esprit, si l’homme est avant tout un esprit et est homme par cet esprit, il doit le cultiver. Et cela, il ne peut le faire que s’il ne travaille pas. Pour cultiver librement son humanité, son esprit, on doit pouvoir méditer à notre aise, réfléchir, bref, philosopher. Pour ce faire, il faut être délivré du souci des contraintes matérielles. Comment penser tranquillement si on doit perdre son temps à travailler toute la journée pour se procurer son pain ? Conséquence : le travail nous asservit à la nécessité, aux besoins du corps. Il nous rend esclaves du besoin et de la nature.

      Actuellement, l’homme ne travaille qu'à remplir la mémoire, et laisse l'entendement et la conscience vide. La finalité de l'homme n'est pas le travail pour le travail mais la faculté à acquérir une certaine liberté spirituelle par une production intellectuelle ou manuelle pour la communauté. Ne pas chercher à être le meilleur, essayez seulement de donner le meilleur de soi-même.

      « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (Genèse, III, 19). Ainsi, le travail à l'origine semble exprimer la servitude de l'homme, et l'on peut regretter un état où l'homme n'avait pas besoin de travailler, et donc apparaissait libre.  

      Notre vie se résume à planter un arbre, le regarder grandir, le débiter en planche pour s’en faire un cercueil et s’y coucher à l’intérieur. Fasse que ce soit avec le sourire afin d’y faire bonne figure…