Le cauchemar de Cendrillon

25 JUIN 2013

         19H30 la clef dans la serrure joue son cliquetis habituel, le temps de quitter ses chaussures et, le ventre noué, elle appelle son fils. Le petit Paul, six ans, accourt et se jette dans les bras de sa mère. Le temps d’un câlin et la magie opère, lassitude, fatigue et peur sont momentanément oubliées.

         Puis, il arrive, le regard sombre en lui reprochant ses cinq minutes de retard. Elle bafouille que les transports en commun dans la circulation sont… Mais, trop tard, la gifle est partie, rapide, forte et cinglante lui entaillant la lèvre inférieure. Il lui hurle qu’il refuse d’entendre ses conneries et qu’elle se bouge le cul pour préparer la bouffe, sa bouffe !

         La joue en feu, elle s’affaire dans la cuisine. Petit Paul, effrayé, est parti jouer dans sa chambre. Petit à petit le calme revient mais la tension reste palpable. Elle sursaute lorsque d’une voix calme, il réclame une bière. Combien de fois a t’elle pensé qu’il y serait mieux couché à l’intérieur que d’en vider le contenu. Même quand la blessure guérit, la cicatrice demeure.

         Peu rassurée, elle apporte le breuvage à son maître, son tyran. Celui-ci, ni regard, ni merci, lui enlève la bouteille des mains et commence à boire avachi dans le canapé, hypnotisé devant sa télé.

         Comme à chaque fois, elle se remet en question. Elle a certainement fait une erreur, des choses pas comme il fallait…S'il l’a frappe, peut-être le mérite t-elle... Quand elle y pense, elle a honte. Faut dire qu’ils sont très forts les salauds pour faire culpabiliser leurs victimes.

         Chaque jour, elle reste ici, tétanisée mais debout à subir sans rien dire la violence verbale, physique et psychologique, pour son fils, du moins c’est ce qu’elle pense. Elle a son lot de frayeurs et d’humiliations journalières quand il rentre un peu saoul. Il l’insulte et la rabaisse plus bas que terre. Ses amis ont fini par refuser poliment ses invitations ne sachant quelles attitudes adopter devant les délires et les grossièretés que son mari lui jetait au visage durant les diners. Les marques de coup disparaissent, la trace des injures jamais et la souffrance à ses limites, pas la peur.

         A la suite de chaque épisode violent, en état de choc elle se terre dans un coin de la chambre la tête entre les jambes dans la position d’un fœtus qui refuse de naître, à pleurer sa douleur, sa colère, son impuissance et parfois sa lâcheté d’être encore là. Lui, après sa crise, parfois regrette et veut se faire pardonner. Il relativise les faits, essaie de se justifier en invoquant des critères extérieurs et, promet de ne plus recommencer. Il est si bête que sa violence répétée a fini par lui araître comme un droit.

         Elle, l’écoutant gémir et se dédouaner de son exécrable attitude en vient à se considérer alors en partie responsable. Quelle est cette part d'irrationnel qui la pousse à pardonner à son bourreau et à endosser une part de son vice ? Amadouée, elle restera sans s’en rendre compte, peut-être jusqu’à sa mort…

         Lui est légèrement dépendant de sa chère mère, libertin, alcoolo et un rien sadique, il prend un malin plaisir à l’agresser. Il cache son impuissance et sa peur irrationnelle des femmes derrière sa violence. La puissance de sa perversité est inversement proportionnelle à la faiblesse de sa compagne. Etre aimé est humain. Lui, en la frappant, l’a déshumanise.

         Cendrillon s’est desséchée, a doucement glissé vers la folie et enfin libérée, est décédée un soir de janvier sous les coups de son compagnon qui n’était pas un prince et qui n’avait rien de charmant. Les œufs ne doivent pas danser avec les pierres…

          Pourquoi est elle restée à supporter ça ? Pas facile à dire… Est-ce l’éducation reçue ? La peur de perdre son fils ? La dépendance financière ? Cette attirance inexplicable pour le monstre ? Ou peut-être tout cela un peu à la fois ? Quoi qu’il en soit, les roses ne s’épanouissent pas dans le jardin du hussard qui les piétine.

         Le sujet a été plusieurs fois évoqué, aussi, je ne vous inonderai pas de statistique. Il suffit d’aller sur  la toile pour voir l’ampleur du problème. Simplement un petit résumé pour toucher du doigt l’impensable, l’incroyable. Car, il est bon de rappeler de temps en temps pour ne jamais oublier, que des êtres sauvages ne pouvant contenir leurs colères volent la vie des anges. 

         La violence conjugale concerne tous les pays, toutes les classes sociales, les cultures, les religions ou les ethnies et il n’est pas si rare qu’elle entraîne la mort. En effet, 25% de tous les crimes de violence enregistrés concernent un homme qui a agressé sa femme ou sa compagne et 90 % des meurtres qui touchent les femmes sont commis par leur compagnon. Ainsi, en France, près de 400 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint. Pour les femmes de 16 à 44 ans, la violence conjugale est même la principale cause de décès et d'invalidité. Elle tue plus que le cancer, les accidents de la route et la guerre, selon des statistiques citées par un rapport du Conseil de l'Europe. En Europe, selon les pays, de 20 à 50 % de femmes sont victimes de violences conjugales !
 

          La violence conjugale est exercée à 99 % par des hommes sur des femmes et en privé. En France, une femme sur 10 qui vit en couple est victime de violences conjugales. 

         Trois femmes décèdent tous les 15 jours en France de violences masculines domestiques, 59% des victimes sont mariées, près de 20% vivent en concubinage.  63 % des femmes sont d'origine française, 19% d'origine étrangère, (l'origine des 18 % restantes est inconnue). Dans 80 % des cas, l'auteur des violences est un mari ou un concubin ; dans 6 % des cas, c'est un ex (mari, amant) ; dans 2 % des cas, c'est un membre de la belle-famille, un partenaire occasionnel ou un ami du mari. Dans 2,5 % des cas, c'est un membre de la famille de la victime.

         « Appeler les femmes "le sexe faible" est une diffamation ; c'est l'injustice de l'homme envers la femme. Si la non-violence est la loi de l'humanité, l'avenir appartient aux femmes. »

 Mahatma Gandhi