Lettre à un citoyen Russe

15 JANVIER 2013

          Salut mon Gégé, excuse moi de t’importuner car tu as dû en recevoir du courrier ces temps ci. Au fait, cela ne te dérange pas que je t’appelle mon Gégé ? Tu as tellement fait partie de notre vie durant ces années que tu es pratiquement devenu un ami de la famille.

         Voilà, aujourd’hui je te fais cette petite missive car je m’interroge. Que tu partes à l’étranger parce que le climat et l’ambiance actuelle te déplaisent, c’est ton droit, mais tout de même mon Gégé, toi qui incarna si bien Danton icône de la liberté, devenir citoyen Russe, tu ne trouves pas que cela fait un peu désordre ? Que vas-tu dire aux hommes et aux femmes enfermés derrière les barbelés électrifiés des goulags dont la seule faute fut de contredire sa majesté le tsar Poutine ? Une bien belle démocratie que tu as choisie là, doit on mettre la faute sur l’alcool qui, comme tout le monde le sait, détruit les neurones ? Remarque tu n’es pas le seul, même la droite qui a craché et vomit sa haine pendant des années sur la Russie et ce qu’elle représentait, trouve maintenant des vertus à Poutine et sa clique. A hurler de rire tellement ce ramassis de faux culs est ridicule.

 

         La Belgique me semblait cependant plus en adéquation avec tes problèmes de prostate et puis, vivre au pays du Manneken-Pis t’affranchissait presque de tes errements urinaires.

 

         Autre chose, il parait que tu es boulimique d’amour, à fleur de peau qu’ils disent. Tu ne trouves pas que ton besoin de reconnaissance provoque chez toi une attitude un petit peu trop ostentatoire face au SDF qui lui, ne demande qu’un peu de pain et un abri ?

         Il parait que là-bas tu paieras moins d’impôt que dans le pays d’origine que tu as fuis et qui a fait ta fortune, grand bien t’en fasse. Bien sur, nombreux sont les petits copains du showbiz qui prennent ta défense et qui trouvent absolument scandaleux cet impôt réclamé à ceux qui ont eu la chance d’avoir une vie comme la tienne, à ceux qui amassent des millions à chaque représentation. A ce propos, le contrat de 5 millions pour venir déguster des pâtes Barilla à la télévision, c’était cool ?

 

         Vois-tu, que des personnes gagnent de l’argent grâce à leur travail ne me choque pas. Que tout le monde ne soit pas au même salaire, c’est tout à fait normal si les risques et les talents diffèrent, là n’est pas le problème. Non où cela devient franchement merdique, c’est quand ça tombe dans l’excès, le no limite, le ridicule, l’indécence. Tu vois ce que je veux dire par indécence, exemple, quand une personne perçoit plus de deux millions de salaire annuel soit 1700 SMIC ou qu’il puisse acquérir ou vendre le tableau d’un peintre contre la somme d'un million d'euros. Clairement, cette indécence d’une minorité est en train, par sa gloutonnerie financière, de faire crever la majorité. Toi qui aime les belles citations permets-moi celle-ci : « Rien n’est bon, tout est bon, l’erreur est dans l’excès … »

         Je ne cherche pas à te faire la morale et d’ailleurs qui suis-je pour venir te la faire ? Non, d’autres s’en chargent, entre autre cette gauche foireuse et donneuse de conseil qui à l’heure actuelle trahit le peuple qui l'a élu. Tu vois ce n’est ni une histoire de morale ni une histoire de politique car les pourris de droite ne valent pas mieux que les tricheurs de gauche. J’éprouve juste une immense déception devant des êtres qui par leur charisme auraient pu être des exemples mais qui malheureusement ont trahi leurs idéaux. Un peu comme le french docteur qui, un beau jour a succombé, comme toi, aux sirènes du pouvoir et de l’argent. Enfin, soutenir un jour Mitterrand et puis quelques années plus tard Sarkozy, quelle souplesse dans ce grand écart mais comme disait le vieil Hugo : « Changer de camp cela n’est pas très difficile, il n’y a que la honte à enjamber… »  

        

          Bon, c’est vrai aussi que tu es un acteur et que ton job c’est de jouer des rôles, de faire semblant, mais tu le faisais si bien qu’on y a cru à Jean Valjean le bagnard au grand cœur œuvrant pour les autres en toute modestie. A Germain la tête en friche qui cultivait son potager comme son humanité. A Balzac et Dumas toujours prêt à tremper leurs plumes dans l’encrier de la justice. A Porthos le mousquetaire fidèle. A Cyrano l’intrépide Gascon amoureux de sa patrie. A Toussaint Maheu, la gueule noire de Germinal. Mais finalement, pour une montagne de sucre, tu as fais le choix d’être Raoul Renaud d’Homécourt de la Vibraye, dommage… 

         Voilà mon Gégé, j’en ai terminé et vois-tu, ta conduite ne devrait surprendre personne en définitive car elle est bien à l’image de notre société, celle du chacun pour soi et du culte de la personnalité. La vie c’est une grande salle de bistrot où, certains se torchent et d’autres, n’ayant pas les moyens, se contentent de regarder la langue pendue et les lèvres asséchées. Mais comme dans tout commerce, et le bistrot de la vie en est un, il faudra un jour ou l’autre passer à la caisse pour régler la note et quelques-uns, ivrognes patentés et vomisseurs sur les pompes de leurs  contemporains, l’auront salé.      

      

          Nous ne sommes qu’une file interminable d’êtres humains, faisant la queue au cimentière attendant notre tour devant la tombe. Je ne suis pas convaincu que les regrets de dernières minutes soient les biens venus ou que citer Saint Augustin à cet instant précis et après une vie dévolue ne risque pas de faire un peu short !           

         Allez hasta la vista mon Gégé et fais gaffe à ton foie un accident est si vite arrivé...