De nos nuits cigarettes où, noyé sous nos palabres notre immodestie refaisait le monde, que restait-il au lever du jour à part les cendres de l’aube débordant d’un cendrier publicitaire ? On rentrait vaseux, sommeillant dans la fraîcheur du petit matin, en longeant les rues d’une ville en noir et blanc. Nous pensions déjà à l’époque que de notre terre ne sortirait plus rien de bon, qu’avons-nous attendu pour réagir avant que ne s’enracinent les chardons de la discorde et du communautarisme ? Du haut de notre jeunesse nous ignorions que, calcifiés dans nos certitudes, tous les dogmes sont souvent des prisons.

      Aujourd’hui, l’économie comme le journalisme formatent les citoyens. Les hommes politiques atteints de cécité ont bâtis d’illusoires châteaux, sur et avec du sable. Une grande marée se prépare. Elle est née et s’est nourrit de leurs cupidités, de nos ignorances et de nos égoïsmes. Elle balayera bientôt sur son passage tous les édifices érigés à la gloire de leur sacro sainte finance et de leur sale pouvoir. Une nature rebelle et révoltée par nos agressions sans cesse répétées fera table rase d’une espèce qui s’est crue au dessus de toutes les autres et surtout de la vie.

      Nous avons fabriqué une réalité sur écrans plats alimentés de frustrantes publicités, de sports sectaires et élitistes et d’émissions mensongères doublées de jeux débiles détruisant l’esprit critique. Le savoir étant jugé dangereux par les marchands d’illusions, ceux-ci le manipulent, le déforment ou le noient sous une pseudo culture commerciale qui envahie les médias et les rayons de nos supermarchés pour mieux contrôler les masses par des envies jamais assouvies. Nous avions l’occasion de changer le monde et nous avons préféré le télé achat.

      Notre civilisation a vécu les yeux fixés sur un mur où les reflets dansant des spots télé captivaient son attention. Notre humanité se résume aux illusions de la caverne de Platon. Pourquoi n’avons-nous pas eu le courage d’arrêter la machine aux images déformées, aux fausses vérités et de nous retourner pour faire face à la lumière, à la réalité ? Par peur, par lâcheté, par fainéantise ou un peu des trois à la fois, sûrement…

      Nous nous croyons libres parce que nous ignorons tout des choses qui nous déterminent. Nous sommes des fragments de fatalité. Régit par l’interdépendance des éléments et de leurs actes nous ne sommes qu’un maillon comme les autres dans cette grande chaine qu’est la nature. Tout ce que l’on fait à des fins personnelles n’est que vanité car la vie se termine de la même façon pour tout le monde.

      L’idée que nous nous faisons du bonheur est un horizon inatteignable et indépassable car toujours au dessus de nos moyens qui, même en perpétuelle progression, est sans cesse remis en cause par notre vanité. C’est une idée fausse car elle se veut supérieure à nos capacités matérielles et intellectuelles, c’est une insatisfaction permanente. Le désir ne devrait pas être le manque.

      S’en sortir exige un reformatage de notre système de pensée. Une remise en cause de nos exigences et, une incontournable modestie dans nos comportements vis-à-vis d’autrui et de notre environnement. Ajoutons à cela une opposition de masse aux systèmes politiques actuels qui, quel que soit l’appellation qu’ils se donnent sont tous basés sur le profit, la possession, le paraître et l’avoir. C’est une véritable révolution dans les comportements et celle-ci est actuellement irréalisable ensemble et spontanément. Une des solutions, serait d’appliquer le principe de Gulliver, c'est-à-dire associer des micro-résistances pour vaincre une résistance plus forte. C’est une des rares issues applicable. A ce jour, seule des micro-sociétés du style (Les colibris) peuvent s’affranchir en grande partie de l’aliénation de masse mise en place par les institutions dictatoriales du style gouvernement, banque, FMI ect…

      Recréer des pôles de vie dans les villages et les quartiers où les citoyens privilégieront le commerce de proximité plutôt que le supermarché, la culture de leur potager ou l’exploitation de petites surfaces agricoles, l’échange de biens et de services au niveau communal voir départemental. Ce n’est plus devenu une question de choix mais de survie à moyen terme afin d’éviter l’embrigadement et l’empoisonnement programmés par les grandes firmes. Il faut calquer la production sur la satisfaction des besoins et non sur celle des actionnaires. Le temps de travail devrait être indexé uniquement sur la production du nécessaire et non sur la production du superflu pour enrichir les propriétaires de stock.

      Oublions ces capitalistes bedonnants bien gras ou bodybuildés, chauves perruqués ou permanentés, dont le costard coûte cinq fois le salaire mensuel d’un ouvrier qu’ils exploitent. Ces jeunes loups qui sortent des écoles de commerce avec la sensation de tout savoir et dont le but ultime, la quintessence du bonheur, ou devrais je plutôt dire de leurs bonheurs, est le productivisme et la consommation à outrance afin de générer des profits, leurs profits. Le libéralisme est antirépublicain. Le libéralisme c’est le marché, l’individualisme, c’est l’argent, ça tue la république. Ce sont ce genre d’excès et de passions individuelles qui génèrent les échecs dans l’édification d’une communauté.

      Chez l’homme il y a des différences naturelles qui génèrent des inégalités sociales. Pas des différences de nature mais des différences de degré d’évolution, de compréhension. L’égalité n’a naturellement aucune légitimité car les différences d’origines naturelles créent déjà des différences sociales mais c’est une équité qui doit devenir de fait naturellement la norme. Il faut gérer et adapter selon les talents et possibilité de chacun. Les passions sont à propager en fonction de leur positivité selon l’usage social, les besoins sociétaux…

      La république c’est la communauté. Le capitalisme veut que l’on s’adapte à son système pervers soutenu par des requins qui en tirent leurs profits en appauvrissant ceux qui les enrichissent. Ce système est dans l’excès et ses défenseurs en seront un jour à leur tour les victimes. Les improductifs qui ne trouvent plus de travail, considérés comme les déchets du système, c’est cela que produit la machine libérale. Le fascisme, les dictateurs font leur lit de cette misère sale et s’installent grâce aux manques et aux absences d’actions des gouvernements démocratiques. Le capitalisme actuel, c’est l’aliénation, c’est la paupérisation, c’est l’esclavage.

      Les imbéciles de libéraux n’ont pas compris qu’en pillant les ressources des travailleurs par la spéculation et la suppression de l’activité, ils créent leur propre insécurité car il n’y a pas de meilleure police sociale que le travail. Celui qui crée, cultive, construit, distribue ou vend est utile à la société car il rend un service à la communauté mais le spéculateur, à quoi sert-il ? Il n’est que le pilleur des richesses produites par autrui, le fossoyeur de l’équilibre communautaire, c’est un parasite qui vit sur le dos de l’animal qu’il dévore. Sans un contrôle démocratique sur les piliers de la finance, il en est fini du droit des peuples à disposer d’eux même. Il faut que notre monde ait salement dérapé pour que ce genre d’individu puisse avoir des responsabilités.

     Ajoutons à cela le choix complice des dirigeants et des intellectuels, qui se pavanent dans les médias, de rejeter cette misère sale, celle qui est chez nous, celle des ouvriers, des SDF, des crèves la faim pour se donner bonne conscience sans se salir les mains avec les misères exotiques, celles qui sont propres parce qu’elles sont loin. Ils contribuent à communautariser la société et à exacerber la xénophobie. Avec la complicité bienveillante et servile du monde médiatique, ils créent et dispensent la peur pour contraindre les gens à la raison, à leurs raisons.

      Il y a les désirs naturels et les désirs fabriqués. Il y a un dressage du désir et les publicitaires l’ont très bien compris. Le bonheur n’est pas dans l’avoir, le bonheur est dans l’être. Attention, Ils se sont spécialisés dans l’aliénation de l’humain. Sous le faux prétexte d'endettement résultant du pillage qu'ils ont entrepris pour leurs comptes personnels, ils nous ont mis une laisse nommée rigueur. Ils vous la présentent comme incontournable, nécessaire et peu importe la casse sociale et la misère humaine qu'elle génère car comme ils disent, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. A ce jour, je vois bien les œufs cassés par millions mais je ne vois aucune omelette excepté celle, bien grasse, de leurs privilèges.

      Pour conclure une petite explication de la situation : Je vous crée des besoins par le biais des medias qui m’appartiennent, je vous prête de l’argent fictif pour assouvir ces besoins inutiles et lorsque vous êtes bien endettés, vous m’êtes redevables et ainsi, je peux vous contrôler et faire de vous mes esclaves. Au cas où il vous viendrait, suite à des éclairs de lucidité, des velléités de révolte, je trouverais toujours un bouc émissaire à vous désigner afin que sur lui, vous déversiez vos colères et vos frustrations pendant que je continuerais à vous tondre en toute sécurité car, avec mon inépuisable fortune capitalisée sur vos privations, j’ai acheté vos dirigeants, votre justice et votre police. Ainsi prospèrent les grands argentiers...

      Pourquoi tant de malheur à la vertu et tant de prospérité aux vices ? Voilà la question que l’on pourrait se poser en forme de constat et voilà peut-être, un semblant de réponse : « Ce n’est malheureusement pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme mais la façon dont il l’utilise pour autrui ».

      Individuellement, il nous faut bâtir une morale indexée sur la nature car, par notre faute, la matière sature le monde.

Début du siècle, amer constat

13 NOVEMBRE 2014