Le chant du maire

18 MARS 2016

          Ami lecteur, ceci est une fiction légèrement caustique histoire de se détendre en ces temps de morosité et de lassitude provoqués par l’incompétence et l’honnêteté très discutable de nos fatigants représentants politiques.

            

          Le coq de René, mon insupportable, inconséquent et ineffable voisin de campagne dont la ruralité du langage n’a d’équivalent que la rugosité des propos et, dont le seul défaut comme dirait un ancien ministre en marinière un presse purée à la main c’est sa conne jointe, s’égosillait depuis une bonne vingtaine de minutes lorsque j’ouvris les volets. Le ciel était d’un blanc laiteux et l’aube avait cette pâleur fatiguée des réveils matinaux d’un lendemain de beuverie. Puis, montant de la vallée, le tintement lointain d’un carillon énergiquement secoué par un bedeau insomniaque appelant aux prières matinales les rares rescapés d’un holocauste de la pratique du cantique et du missel, fit duo avec l’agaçant et prétentieux gallinacé.

          

          J’avais rendez vous ce jour même avec Monsieur le maire, un politicard socialo libéro alcoolo dans toute son exécrable splendeur. Un quart mondiste, trois quart mondain, éparpillé de manière flasque dans un ensemble d’un quintal extrêmement immodeste et redondant. Accompagné 24 sur 24 par un ostentatoire caniche féminin chaussé Prada, maquillé comme une voiture volée et frisoté par un toiletteur pour chien à grand renfort de note de frais. Celle-ci lui servant occasionnellement de secrétaire et, accessoirement de dépôt à sécrétion pour les soulagements du grand homme avec cependant, l’obligation d’arroser le QI de la donzelle deux fois par jour afin que son cerveau puisse, au minimum, lui permettre d’avancer sans se cogner au premier lampadaire venu… Comment ce troglodyte a-t-il pu être maire, me demandais-je ? Enfin, à trop accabler les élus, c'est accorder une étrange impunité aux électeurs.

            

          Après l’agressive noirceur d’un café salutaire censé rassembler mes neurones éparpillés depuis la vieille, je sortis du logis direction la mairie. Déjà à la tâche dans son carré de senteur, ma charmante voisine très légèrement vêtue, afin que le soleil lui dore un maximum de surface corporelle, arborait un mini short à faire rougir un adepte du coran et dont la justesse du tissu incitait au champêtre. Cette insouciance vestimentaire entretenant de fait, un climat d’animosité chez la femme du voisin accoudée à sa fenêtre qui conciergeait dès mâtines. Mémère René, rongée par les années et dont les kilos s’étaient généreusement invités, les malappris, du mollet jusqu’aux joues, s’adonnait à ses passe temps préférés que sont la surveillance et la délation du voisinage. Il est vrai que mis à côté de la quinquagénaire et morose otarie contemplative, le petit air de liberté de la jardinière frisait l’insolence.

          Arrivé devant le bâtiment public affichant fièrement sa maxime mensongère : « Liberté, Egalité, Fraternité et mon cul sur la commode … », pensant à son affreux locataire et à sa lecture du code pénal déconcertante à bien des égards, je fus pris d’une soudaine envie de soulagement liquide et m’orientais prestement vers les toilettes communales. Tandis que j’effectuais ce besoin au combien naturel, je vis que ce lieu d’aisance était taggé de sympathiques graffitis et de courtes phrases invitant le quidam à des pratiques sexuelles aussi diverses qu’acrobatiques et, largement compréhensibles à tout usager muni d’une excroissance urinaire. Après une lecture assidue, je réalisais subitement, qu’à première vue, l’exhibitionnisme des urinoirs était incompatible avec l’orthographe.

            

          Toc, toc, it’s me, m’annonçais je au préposé du gardiennage de l’honorable hémicycle, j’ai rendez vous avec sa majesté des mouches… Hermétique à mon humour à deux balles, le cerbère me fit patienter dans une salle d’attente moquettée comme un salon louis XVI (donc à poils ras…). Sur une table basse, un tas de revues en papier glacé qui avait dû, de par leur tri imposé, occuper un tas de branleurs à pérorer des heures en réunion afin de savoir s’il valait mieux choisir « Femmes d’aujourd’hui » ou « Ici Madame » comme littérature ayant les vertus de tromper l’ennui tout en développant votre aptitude à la patience. Choix pour le moins cornélien. Dans le but d’occuper mes deux mains et pour profiter de ma contribution aux impôts communaux tout en vérifiant où est engloutie notre dîme, je me plongeais distraitement dans un article consacré à la perte de surcharge pondérale. Article largement commenté par le professeur Charles Graisseux, lui-même docteur honoris causa du club : « Sauvez les oies du gavage ». Enfin, trente minutes plus tard, n’ayant toujours pas compris comment en se nourrissant que d’ananas et de jus carottes on pouvait perdre jusqu’à 10 kilos la première semaine, les portes du paradis s’ouvrirent. Monsieur le Maire vous attend minauda le portier.

          

          Vautré sur le dossier de son fauteuil cuir pleine fleur, son imposant astre lunaire coincé entre les accoudoirs, les deux mains croisées sur son opulent garde mangé abdominal, les pieds sur son bureau et si, j’ajoute à cela qu’il était déchaussé, vous seriez dégouttés. L’enflure me reçut tel l’empereur accueillant son gladiateur avant le trépas. Je lui exposais brièvement mon désaccord concernant le droit de préemption de la commune sur une partie de mon terrain, ainsi que sur le prix dérisoire proposé pour son acquisition par l’empaffé ici présent. Bien entendu, après m’avoir écouté d’une oreille distraite tout en recherchant consciencieusement avec son gros index boudiné je ne sais quel déchet corporel dans la cavité gauche de ses naseaux, l’ignoble me joua la symphonie pour pipeaux et violons intitulée : « Pour le bien général et l’expansion économique de blablabla…. » et termina sa diatribe sur les responsabilités en tant que premier magistrat de mes fesses etc etc… La somme de conneries entendues, ajoutées aux effluves fromagères s’échappant des pieds du gnome qui, j’en reste à ce jour persuadé, déclencheraient un procès chez n’importe quel podologue ou représentants en savonnettes, m’encouragèrent à écourter ma visite au strict nécessaire et je quittais, non sans un soulagement olfactif, son officine en apnée… Ce genre de personnage vous fout la théorie de Darwin en l’air en moins de cinq minutes. Si l’homme descend du singe par étape, lui c’est carrément cassé la gueule de l’arbre. Pas d’arrêt aux branches, réception directe sur le sol et la tête la première s’il vous plait ! Je venais d’apprendre à mes dépens que La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. De retour chez moi, je me résolvais à attendre l’inévitable génocide social, le retour de la veuve pour les salauds et me pris à rêver d’un eugénisme neuronal afin d’éradiquer l’atrophie du bulbe chez nos élus.

          Conclusion, un élu de la nation à tous les droits et, de surcroit, n’a plus aucun compte à vous rendre tant que sa mandature lui permet de vous enfler avec des promesses et de taper dans la caisse. En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. On aurait pu imaginer bêtement que les hommes au sommet des partis vivent selon les préceptes qu’ils imposent aux citoyens. Je vous le confirme, et cela se vérifie chaque jour, qu’il n’en est rien…

          

          Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que du vent. George Orwell