Mourir debout

05 AVRIL 2016

     La déshumanisation des soins, depuis que l’hôpital a priorisé l’aspect comptable au détriment du besoin d’écoute réclamé par les mourants, a fait de ses patients des clients potentiels et des testeurs de nouveaux produits pour les laboratoires à profits. Une grande partie du corps médical l’ayant par ailleurs accepté de fait, par indifférence ou profit, piétine ainsi le fameux serment d’Hippocrate. Cette médecine du respect, de la tendresse, de tous ces petits soins qui donnent le sentiment intime de se sentir encore humain et dont la valeur est sans prix, même si ce monde l'a oublié ou ne l’a pas compris, a disparu noyée dans les tableurs financiers et étouffée sous les spéculations boursières.

 

     A ce jour la fameuse loi Leonetti vous donne le droit de mourir dans la solitude et la souffrance. Oui, je dis bien solitude et souffrance par l’arrêt de l’acharnement thérapeutique, qui en soit est une bonne chose, mais vous laisse partir à petit feu, à doses palliatives, shooté à fond. Nous vous interdisons ainsi de mourir conscient et nous vous refusons le choix de l’heure de votre mort. La sédation, c'est le laisser mourir sans soin, prolongé dans un coma artificiel qui peut durer plusieurs jours voire semaines et, ne parlons pas de ce document bidon nommé : « Directives anticipées » Honoré selon le seul avis des médecins. Etrange et triste agonie. Impossibilité au patient en fin de vie de dire adieu aux siens qui ne savent pas combien de temps durera l'agonie et l’heure précise du départ afin de lui tenir la main.

  

      De quels droits interdisons nous à un être humain qui, cerné par les lois toute sa vie, exige la liberté du choix de sa fin de vie, de sa mort intime. A la naissance, là où vous n’avez pas eu le choix, on vous aide bien à vivre alors, pourquoi au choix de votre mort, on vous interdit l’aide à mourir ? La personne en fin de vie qui réclame cette aide ne demande pas une loi qui impose, mais une loi qui propose, un choix possible. Une loi qui rende ses droits au patient. Libre à chacun de le refuser pour lui-même, mais quelle est cette morbide audace et quelle est cette prétention que d’imposer à tous un refus ? Malheureusement, les lobbies pharmaceutiques et les dogmes religieux font pression et imposent encore leur loi dans ce domaine et non que faire de l’avis du peuple. Proposez donc un référendum sur le sujet et vous verrez la levée de boucliers de ces corporations qui perdraient une partie de leur chiffre d’affaire et de ces religions persuadées que seule leur vérité est la bonne et de fait, imposable à tous. Là où certains intégristes y voient un meurtre ou un suicide assisté pour les plus réservés, je n'y vois là qu'un incroyable et courageux geste d'amour.

  

      Il faut protéger et assurer les volontés de la personne en fin de vie. Chacun sa dignité, elle ne juge pas la votre, ne jugez pas la sienne. Si elle n’a pas eu le choix de naitre, ne lui volez pas son choix de mourir. Il faut aussi cesser cette ignoble hypocrisie qui fait que des médecins, par leur immense humanité, acceptent à la demande de leur patient d’abréger ses souffrances quand celui-ci n’a pas les moyens de le faire lui-même et qui, se retrouvent jugés comme de vulgaires criminels. Tout le monde ou presque sait que cela se pratique et ferme les yeux en appliquant le principe perfide du pas vu pas pris. Voyez le calvaire enduré par le cas du jeune Vincent Humbert et de l'admirable courage de cette mère dont la société civile lui a refusé son aide. Combien de cas comme celui de Vincent Lambert, de famille déchirée, de combats inutiles et stériles, par le biais d'une loi donnant le choix, pourrait être évité.

  

      La mort est une chose intime et unique. Laissez et aidez le mourant qui le demande partir dans la dignité, à mourir debout. Qu’il puisse éteindre sa lumière dans la sérénité entouré des siens. N'oublions jamais qu'un jour, tous ou presque tous, nous serons confrontés à la douleur physique ou morale. A cette déchéance que nous lirons dans le regard de ceux qu'on aime et de cette peine qui nous rongera à leur faire supporter ce calvaire.

   

       Quand je ne serai plus là, lâchez-moi la main et laissez-moi partir car j’ai tellement de choses à faire et à voir. Ne pleurez pas en pensant à moi. Soyez reconnaissants pour les belles années pendant lesquelles ensemble nous nous sommes aimés. Vous ne pouvez que deviner le bonheur que vous m’avez apporté. Je vous remercie pour l’amour que chacun m’a démontré mais maintenant, il est temps pour moi de voyager seul. Pendant un court moment vous pouvez avoir de la peine cependant la confiance vous apportera réconfort et consolation. Nous ne serons séparés que pour quelques temps, laissez les souvenirs apaiser votre douleur. Je ne suis pas loin et la vie continue. Si vous en avez besoin, appelez-moi et je viendrai et même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là n'en doutez point et si vous écoutez votre cœur, vous sentirez clairement la douceur de l’amour que je vous apporterai. Quand il sera temps pour vous de partir, je serai là pour vous accueillir, absent de mon corps mais présent avec Dieu. N’allez pas sur ma tombe pour pleurer, je ne suis pas là, je ne dors pas, je suis les mille vents qui soufflent, je suis le scintillement des cristaux de neige, je suis la lumière qui traverse les champs de blé, je suis la douce pluie d’automne, je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin, je suis l’étoile qui brille dans la nuit. N’allez pas sur ma tombe pour pleurer, je ne suis pas là, je ne suis pas mort, je suis la vie qui vous entoure...

 

      Les plus grands actes d'amour sont parfois les plus difficiles à accomplir...