Réquisitoire christique

28 FEVRIER 2017

          Interview d’un J.C désabusé recueillit par un déiste agnostique dans une église de province. 

          Année 2017, vingt siècles après mon utopique naissance, selon votre calendrier, je pose provisoirement cette croix devenue trop lourde à porter et sur laquelle toutes vos saloperies me clouent dans mon éternité. Vous qui me crucifiez mille fois par heure, Il est temps maintenant que vous avez fait de ce jardin le pire des mondes parmi tous ceux que mon Père a créés, de vous expliquer pourquoi cela va cesser. Avec Marie ma mère que chaque jour vous saluez et qu’immédiatement vous salissez par votre immaturité, votre folie, votre cupidité, nous avons compris que pour une majorité d’entre vous, plus rien ne pourrait vous sauver.

          Voilà des siècles que je m’échine à vous pardonner quand vous violez femmes et enfants, quand chacune de vos balles tirées ôtent des vies que vous ne pouvez recréer, pour toutes les guerres que vous avez faites en mon nom afin de piller vos voisins. Quand vous réduisez vos frères à l’esclavage. Quand vous saccagez la nature et détruisez ses animaux, ses végétaux. Quand agenouillés devant Mammon vous m’avez oublié. Votre cynisme vous pousse à connaitre le prix de tout et la valeur de rien. En extase devant la propriété, vous gaspillez vos vies à cumuler, à entasser. Quand vos âmes exsangues se taisent devant la mise à mort de la vérité. Les mendiants et les malades ne se font-ils pas éconduire à chaque porte, aujourd'hui comme toujours ? Le fait est que vous ne voyez pas clairement ce qui vous rend humain, la détresse, le dénuement, la misère. La liste de vos bassesses est si longue et si variée, c’est bien là dans le mal votre seule créativité, qu’elle traverse et alimente l’enfer que vous vous êtes fabriqué.

  

          Moi qui, même si je ne suis qu’une légende, vous ai tant donné, est ce ainsi que vous me remerciez ? Je vous avais simplement demandé de vous aimer mais, vous semblez plus apte à vous nuire et vous détruire. Sans doute Père a-t-il merdé dans votre conception alors, il serait temps de vous envoyer à la casse car vous en avez fait assez et c’est bien là le seul endroit où vous excellez, dans la noirceur de vos actes, vous vous complaisez.

          Si je vous apparaissais aujourd'hui, je serais sur le banc des accusés et, il se trouverait quelques procureurs salissant mon message pour vous démontrer que mon cas est aggravé par la récidive. Je serais mise à mort place Saint Pierre pour avoir dit que le Vatican, empilant les richesses, est devenu la succursale des marchands et des marchés et, c'est l'acharnement des pseudo-moralistes pharisiens qui fournirait les clous. J’étais venu pour vous tirer par la manche, vous réveiller, vous rappeler que votre vie est plus grande que ce que vous en faites. Ce geste enfantin, tirer la manche de l’adulte aveuglé par ses soucis pour attirer son attention sur quelque chose de merveilleux, ce geste était là pour vous sortir du sommeil de vos volontés, de vos savoirs, de vos conforts.

          N’avez-vous pas compris que cette parole : « Aimez-vous les uns les autres »  C’est le désarmement universel. C’est la guérison du genre humain. La vraie rédemption, c’est celle-là. Aimez-vous. On désarme mieux son ennemi en lui tendant la main qu’en lui montrant le poing. Vous avez pollué jusqu’à l’air que vous respirez et l’eau que vous buvez. Quand la dernière écrevisse de la dernière rivière que vous aurez saturée de vos déjections disparaîtra, votre tour viendra. Votre bêtise productiviste vous fait même ignorer le changement climatique évident que, par intérêt particulier, vous niez.  

          Avec Marie, je vous salie, je vous salue. Nous vous laissons Juste le temps d’un repenti pour vous racheter. Dépêchez vous et soyez convainquant car le temps restant vous est compté et il y va de votre éternité. Maintenant je brûle cette croix car j’en ai marre de pardonner et, fatigué, je n’ai plus qu’une seule envie, vous oublier. Je ne suis qu’une illusion qui était venue pour vous sauver.

          Notre Père qui êtes si vieux, es tu vraiment sur d’avoir fait de ton mieux, car sur la terre comme dans les cieux, tes anges n’aiment pas devenir vieux …